Fanzine
15x16 cm fermé / illustration digitale, poésie et cartographie.
version française disponible sur cette boutique, m'écrire pour avoir accès à une version en anglais et en allemand.
En 2014 j'ai réalisé un stage de fin d'étude dans un collectif artistique où j'ai eu la chance de travailler du motion design sur une exposition interactive parlant de la migration et des frontières européennes. Cette expérience m'avait touché profondément, pouvoir mettre à profit mon travail graphique sur un sujet d'actualité, au service d'un message qui correspondait à mes valeurs, mes envies d'aider à parler d'un monde meilleur, d'une Europe qui accueille, qui répare et qui aide me donnait l'impression d'avoir trouvé ma place, un juste équilibre entre militantisme et création.
10 ans après, des guerres se sont arrêtées et d'autres ont commencées; la France est toujours dans le top 3 des exportateurs d'armes et je me suis demandée ou en était l'Europe vis à vis de ses frontières.
J'ai recherché patiemment et j'ai trouvé des sites qui recensent toujours les décès et disparitions, les enfermements, des articles de journaux sur Frontex et son budget mirobolant. Des données plus où moins actuelles, tenues pas des associations, des collectifs, des journalistes, etc. rien n'a changé, les routes migratoires sont toujours aussi dangereuses, les personnes dans ces parcours sont déshumanisés, dépouillés de leurs origines et de leurs histoires. La migration n'est traité qu'a des fins politiques, un épouvantail qui fait peur et qui réveille les monstres.
Quel est la place de l'art pour parler des frontières? Quel est la place d'un artiste dans le champ social? Comment créer sur ces questions? suis-je légitime à parler de tout ça?
J'ai pris toute ces questions avec moi et je me suis mise au travail. Dessiner, écrire, recenser, lister les sources pour créer un fanzine entre art, poésie et société pour dire que je ne suis pas d'accord et cela m'a fait du bien de l'exprimer avec mes moyens; un fanzine qui tente de montrer que ces sujets qui nous semblent toujours lointains sont en fait nos sujets; qui touchent nos territoires, impactent des ami.es.x, des familles.
Par le plus grand des hasard, au détour d'une recherche de livre j'ai découvert le Projet Évasion; j'ai aimé l'accroche, l'indépendance d'esprit et l'accessibilité de ce collectif. j'ai osé proposé mon projet et il a pris une nouvelle dimension. Réfléchi et simplifié, j'ai mis le temps à trouver sa forme finale mais quel immense plaisir de pouvoir le voir aujourd'hui édité en trois langues.
Ce fanzine est comme une goutte d'eau, une carte, un poème, une vision du monde artistique, ma modeste contribution pour que ces questions ne finissent pas aux oubliettes, j'espère que cela donnera envie à certain.e.x d'en savoir plus, de se renseigner, d'affiner, voire même de corriger des erreurs que j'ai pu faire.
Une chose est sûre, on ne construit pas un monde meilleur avec des murs et des miradors."
Note de l'éditeur:
"On a le plaisir de participer à la publication du zine «Frontières»,
porté par l’artiste pluridisciplinaire Annso. Une approche artistique et
politique, un projet de recherche tout autant qu’une œuvre poétique,
voilà ce qui compose cet objet unique. Avec cette collaboration, on
souhaite amener une pièce supplémentaire dans la construction d’une
critique envers les nations européennes, leurs frontières, murs, camps
et prisons.
En 2022 après le suicide du jeune Alireza, on écrivait le texte Before
We Die. Un témoignage depuis l’intérieur d’un camp fédéral de migration
en Suisse, expliquant comment les frontières et le système d’asile
dévalorise les personnes migrantes allant jusqu’à les pousser au
suicide. Un texte depuis l’intérieur de la Forteresse Europe.
Comme son nom l’indique, le fanzine «Frontières» lui se concentre sur
les contours de cette Forteresse et les milliers de kilomètres de
barbelés qui l’entourent. Et quand on y découvre l’effort astronomique
qui est placé dans le fait d’empêcher les personnes migrantes d’arriver
en Europe – on parle de milliards d’euros – on comprend facilement
pourquoi celleux qui arrivent néanmoins à passer, sont ensuite si mal
accueillies. Simple continuité d’une politique raciste basée sur le rejet."